vendredi 2 janvier 2015
Monsieur Bénézit
Monsieur Bénézit
Je reconnais bien le Monsieur Bénézit décrit par Sophie. J'ai aussi quelques anecdotes personnelles à son sujet. La plus éprouvante physiquement était de lui monter son charbon selon la volonté de Papa. Je devais avoir une quinzaine d'années, je n'étais pas bâti comme un déménageur et trouvais lourde et malcommode la lessiveuse remplie de boulets de charbon que je devais monter de la cave au 3eme étage en la ceinturant avec mes bras par l'escalier en colimaçon. Papa me recommandait bien sûr de refuser noblement toute gratification.
Papa avait aussi demandé à Monsieur Bénézit de me donner quelques rudiments d'éducation. J'ai suivi une, peut être deux de ses causeries . Je ne sais plus qui du maitre ou de l'élève s'est lassé le premier, je suppose que c'est le maitre qui lui devait avoir le choix. Je me souviens vaguement que Monsieur Bénézit s'était lancé dans une interminable métaphore selon laquelle un enfant devait se préparer pour affronter sa vie d'adulte comme un voyageur avant un grand voyage prépare ses bagages. Il me conseillait de choisir un métier dont on aurait toujours besoin, comme par exemple médecin puisqu'il y aurait toujours des malades. Cela ne m'a pas vraiment inspiré.
Comme j'étais passionné par tout ce qui était technique et en particulier par les postes de TSF à lampes qui étaient de plus en plus remplacés par des postes à transistors, Monsieur Bénézit m'avait donné un poste à lampes datant sans doute des années 1920. C'était déjà à cette époque une pièce de musée avec coffret en ébénisterie et grand pavillon type gramophone. Ce spécimen avait été le premier poste TSF à Bormes les Mimosas si fidèle et puissant que tout le monde vérifiait qu'il n'y avait pas un gramophone caché derrière. ( promis je vais ajouter une photo)
Comme écrit par Sophie, Monsieur Bénézit était d'une santé fragile et comme il vivait seul et craignait de faire un malaise qui lui soit fatal, il avait conçu avec nos parents un ingénieux système d'alarme ( le téléphone existait mais était peu répandu ) . Il disposait dans sa chambre d'un bouton poussoir relié à un long fil électrique qui descendait les trois étages en façade et était branché à une sonnette électrique située dans la chambre de nos parents. Le système a dû être testé mais à ma connaissance, il n'a jamais servi et Monsieur Bénézit a atteint l'âge honorable de 88 ans en dépit de sa santé fragile et sans avoir eu à utiliser l'alarme.
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